Dieu, ses Manifestations, et l'Homme
Louange à l'unité de Dieu, et honneur à l'incomparable et très glorieux Souverain de l'univers, qui, du pur néant, a tiré la réalité de toutes choses, qui, du zéro de l'inexistence, a appelé à l'être les éléments les plus raffinés et les plus subtils de sa création, et qui, relevant ses créatures de l'abaissement où les tenait l'éloignement de sa présence et les sauvant de l'extinction finale, les a reçues dans son royaume d'incorruptible gloire ! Rien de moins que sa grâce universelle et son omnipénétrante miséricorde ne pouvaient accomplir ce prodige. Comment, sans elles, eût-il été possible au néant de passer de l'état de non-existence au royaume de l'être ?
Ayant créé le monde et tout ce qui y vit et s'y meut, Dieu a voulu conférer à l'homme, en privilège unique, par l'opération directe de sa volonté libre et souveraine, la capacité de le connaître et de l'aimer, le dotant ainsi d'une faculté dont l'exercice doit être regardé comme la raison d'être, la fin principale et dernière de toute la création... Sur l'essentielle réalité de chaque chose créée, Il a répandu la lumière d'un de ses noms, et de chacune d'elles il a fait le siège d'un de ses attributs. Mais sur la réalité de l'homme Il a concentré l'éclat de tous ses noms et attributs et il en a fait le miroir de sa propre Personne. Seul entre toutes choses créées, l'homme a été choisi comme objet d'une si grande faveur.
Mais ces énergies dont l'Etoile du Matin de la bonté divine et la Source de la direction divine ont doté l'essentielle réalité de l'homme ne sont en lui que latentes, comme est latente la flamme dans la bougie et comme les rayons de la lumière sont en puissance dans la lampe. L'éclat de ces énergies peut être obscurci par les désirs d'ordre terrestre comme la lumière du soleil peut être cachée sous la poussière et les impuretés qui recouvrent le miroir. Ni la lampe ni la bougie ne peuvent s'allumer d'elles-mêmes, et le miroir ne saurait davantage, par ses propres moyens, se débarrasser de ses souillures. Il est évident que, si on ne l'allume pas, la lampe n'éclairera pas et que, jusqu'à ce que soit enlevée la poussière qui le recouvre, le miroir ne pourra refléter le soleil.
Et comme il ne saurait y avoir de lien direct entre le seul vrai Dieu et sa création, et que rien de commun ne peut exister entre l'Eternel et le transitoire, le contingent et l'Absolu, Dieu a ordonné qu'à tout âge et à chaque dispensation, une âme pure et sans tache soit manifestée dans les royaumes du ciel et de la terre. A cet être subtil, éthéré et mystérieux, il a assigné une double nature : l'une, physique, appartenant au monde de la matière, l'autre, spirituelle, qui est née de Dieu Lui-même. Il lui a de plus conféré un double rang. Le premier rang, qui se relie à sa réalité la plus profonde, le représente comme celui dont la voix est la voix de Dieu Lui-même ; et c'est ce que la tradition atteste par ces paroles : « Multiple et mystérieuse est ma relation avec Dieu. Je suis Lui, Lui-même, et Il est moi, moi-même ; à part cela, je suis ce que je suis et il est ce Il est. » Et de même il a été dit : « Lève-toi, ô Muhammad, car voici que l'Amant et le Bien-Aimé sont en toi réunis et fondus. » Il a dit de même : « Il n'y a aucune espèce de distinction entre toi et eux, sinon ! qu'ils sont tes serviteurs. » Le second rang, qu'illustrent les versets qui suivent, est d'ordre humain : « Je ne suis qu'un homme comme vous. » « Dis : Louange à mon Seigneur ! Suis-je plus qu'un homme, plus qu'un apôtre ? » Ces essences de détachement, ces réalités resplendissantes sont les sources de l'omnipénétrante grâce de Dieu. Guidées par la lumière de l'infaillible direction et investies d'une souveraineté suprême, elles ont pour mission, par l'inspiration de leurs paroles, les effusions de leur grâce infaillible et la brise sanctifiante de leur révélation, de débarrasser tout cur ardent et tout esprit réceptif des impuretés et des poussières dues aux soucis et aux limitations de la terre. Alors, et alors seulement, le dépôt divin, latent dans la réalité de l'homme, émergera aussi resplendissant que l'orbe de la révélation divine, hors des voiles qui le cachaient, et plantera à la cime du cur des hommes, l'étendard de sa gloire dévoilée.
Des citations et références qui- précèdent, il ressort clairement et indubitablement que, dans les royaumes du ciel et de la terre, il faut de toute nécessité que soit manifesté un Etre, une Essence qui doit remplir l'office de véhicule pour la transmission de la grâce de Dieu Lui-même, le souverain Seigneur de toutes choses. Par les enseignements de cette Etoile du Matin de la vérité, tout homme progressera et se développera jusqu'à ce qu'il parvienne à ce stade où il pourra manifester tout le potentiel des forces dont son être intime et essentiel a été doté. C'est à cette fin même que, en tout âge et dans chaque dispensation, les prophètes de Dieu et ses élus ont paru parmi les hommes et ont montré un pouvoir tel qu'il ne pouvait venir que de Dieu et une puissance telle que, seul, Dieu pouvait la révéler.
Celui qui juge sainement peut-il vraiment imaginer que, faute par lui de comprendre la signification de certaines paroles, les portes de la direction divine soient à jamais fermées à la face des hommes ? Peut-il concevoir, pour ces divins flambeaux, ces resplendissantes lumières, soit un commencement, soit une fin ? Quels torrents pourraient être comparés au cours impétueux de sa grâce universelle, et quelle bénédiction pourrait surpasser les manifestations d'une si grande et si pénétrante miséricorde ? Il n'est pas douteux que si la vague de cette miséricorde et de cette grâce se retirait, ne fût-ce qu'un instant, du monde, celui-ci périrait, aussitôt. C'est pourquoi, depuis le commencement qui n'a pas de commencement, les portes de la divine miséricorde on été largement ouvertes à la face de tous les êtres créés, et que, jusqu'à la fin qui n'a point de fin, les nuages de la vérité continueront à déverser sur le sol de la capacité de la réalité et de la personnalité humaines les pluies de leurs faveurs et de leurs bienfaits. Telle est la méthode suivie par Dieu d'éternité en éternité.1
Pour tout cur éclairé, il est évident que Dieu, l'Essence inconnaissable, L'Etre divin, est immensément exalté au-dessus de tout attribut humain, tel qu'existence corporelle et faculté de monter et de descendre, d'entrer et de sortir. Il serait tout à fait incompatible avec sa gloire que le langage des hommes pût adéquatement célébrer sa louange, ou que le cur humain fut capable de pénétrer son insondable mystère. Il est et a toujours été voilé dans l'éternité de son Essence, et il restera éternellement caché aux yeux des hommes. « Nul regard ne peut le saisir, mais Lui saisit tout ; Il est le Subtil, Celui qui perçoit tout ».
La porte de toute connaissance de l'Ancien des jours se trouvant ainsi fermée à la face de tous les êtres, fidèle à la promesse qu'Il a donnée par ces paroles : « Sa grâce a surpassé toutes choses, ma grâce les a toutes embrassées ». Celui qui est la Source de grâce infinie a fait surgir du royaume de l'esprit, sous la forme du temple humain, ces gemmes lumineuses de sainteté, et Il les a manifestées aux hommes, pour qu'elles puissent communiquer au monde les mystères de l'Etre immuable et lui expliquer les subtilités de son impérissable Essence.
Ces purs miroirs, ces aurores de l'ancienne gloire sont, tous sans exception, les représentants sur la terre de Celui qui est l'Orbe central de l'univers, qui en représente l'Essence et la Fin dernière. De Lui procèdent leur science et leur puissance ; de Lui procède leur souveraineté. La beauté de leur visage n'est qu'un reflet de son image, et leur révélation n'est qu'un signe de sa gloire immortelle. Ils sont les dépositaires de la science divine et de la céleste sagesse. Par eux est transmise une grâce infinie et révélée une lumière qui ne saurait faiblir... Ces tabernacles de sainteté, ces miroirs Premiers qui reflètent la lumière d'impérissable gloire ne sont que des expressions de Celui qui est l'Invisible des invisibles. Par la révélation de ces gemmes de vertu divine, tous les noms et attributs de Dieu, tels que savoir et pouvoir, souveraineté et puissance, miséricorde et sagesse, gloire, grâce, bonté sont manifestés.
Ces attributs de Dieu ne sont et n'ont jamais été accordés à certains prophètes, à l'exclusion des autres. Tous les prophètes de Dieu, ses favoris, ses élus, ses messagers, sans aucune exception, portent ses noms et incarnent ses attributs. Ils ne diffèrent entre eux que par l'intensité de leur révélation et la puissance relative de leur lumière. Ainsi qu'il a été révélé : « Nous avons permis que quelques apôtres se distinguent parmi les autres. »
Il est ainsi devenu manifeste et évident que la lumière des noms multiples de Dieu et de ses sublimes attributs s'est reflétée dans les tabernacles que sont ces prophètes et ces élus, encore que la clarté de certains des attributs de ces temples lumineux puisse n'être pas extérieurement révélée aux yeux humains. Que tel attribut de Dieu n'ait pas été extérieurement manifesté par ces essences de détachement n'implique nullement que ceux qui sont les aurores des attributs de Dieu et les dépositaires de ses saints noms ne le possédaient pas. Ces âmes illuminées, ces figures de beauté ont donc, toutes sans exception, reçu en partage tous les attributs de Dieu tels que : souveraineté, pouvoir et qualités semblables, même si elles semblent dépourvues, selon les apparences extérieures, de toute majesté terrestre... 2
Sache, à n'en point douter, que l'invisible ne peut en aucune façon incarner son Essence et la révéler aux hommes. Il est et restera toujours infiniment au-dessus de tout ce qui peut être perçu et exprimé. De sa retraite de gloire, sa voix toujours proclame : « En vérité, je suis Dieu, et il n'y a pas d'autre Dieu que moi, L'Omniscient, le très-Sage. Je me suis manifesté aux hommes, et je leur ai envoyé Celui qui est l'aurore des signes de ma révélation. Par lui, j'ai fait attester à toute la création qu'il n'y a d'autre Dieu que Dieu, L'Incomparable, L'Omniscient, le très-Sage. » Celui qui, de toute éternité, est resté caché aux yeux des hommes ne peut être connu que par sa manifestation, et sa manifestation ne peut apporter de plus grande preuve de la vérité de sa mission que la preuve qu'en apporte sa personne elle-même.3
Ô Salmán ! la porte de la connaissance de l'Eternel a toujours été et restera à jamais fermée à la face des hommes Aucune intelligence humaine n'accédera jamais en sa sainte cour. Toutefois, en gage de sa miséricorde et en signe de sa tendre bonté, Il a manifesté aux hommes les étoiles du matin de sa direction divine, les symboles de sa divine unité, et Il a voulu que la science de ces êtres sanctifiés soit identique à sa propre science. Qui les reconnaît a reconnu Dieu. Qui écoute leur voix, écoute la voix même de Dieu, et qui atteste la vérité de leur révélation, atteste la vérité de Dieu Lui-même. De même, quiconque se détourne d'eux s'est détourné de Dieu, et quiconque n'a pas cru en eux a refusé de croire en Dieu. Chacun d'eux est la voie divine qui relie ce monde aux royaumes d'en haut. Chacun d'eux est l'Etendard et la Vérité de Dieu pour tous les habitants du ciel et de la terre. Ils sont les manifestations de Dieu parmi les hommes, les preuves de sa vérité et les signes de sa gloire.4
C'est en tant qu'interprètes d'une cause nouvelle et révélateurs d'un nouveau message que les dépositaires de la parole de Dieu sont manifestés aux peuples de la terre. Et comme ils ont été envoyés du ciel de la volonté de Dieu pour proclamer sa foi irrésistible, ces oiseaux du trône céleste ne font qu'une seule et même personne. Car tous boivent à la même coupe de l'amour divin et tous ont part aux fruits du même arbre d'unité.
Il y a deux façons de considérer les manifestations de Dieu. La première consiste à envisager leur condition abstraite, pure, la condition de l'unité incomparable. A cet égard, si tu les désignes tous du même nom et que tu leur assignes les mêmes attributs, tu ne t'écartes pas de la vérité. Ainsi qu'il a été révélé : « Nous ne faisons aucune distinction entre ses divers messagers. » Car tous et chacun enjoignent aux hommes de reconnaître l'unité de Dieu et leur annoncent le Kawthar d'une grâce et d'une bonté infinies. Ils sont tous revêtus de la robe de prophétie et parés du manteau de gloire. C'est ainsi que Muhammad, le Point du Qur'án, a révélé : « Je suis tous les prophètes. » Et de même : « Je suis le premier Adam, Noé, Moïse, et Jésus. » L'Imám Ali a parlé de la même manière. De telles déclarations, montrant l'essentielle unité de ces interprètes de la cause du Dieu Un ont aussi émané des sources de la parole immortelle de Dieu et des dépositaires des gemmes de la science divine, et elles sont rapportées dans les Ecritures. Ces Figures sont les vases d'élection du commandement divin et les aurores de sa révélation, qui s'élève au-dessus des voiles de la pluralité et des exigences du nombre. C'est ainsi qu'Il a dit : « Notre cause n'est qu'une seule et même cause. » La cause étant une, il s'ensuit que ceux qui en sont les interprètes ne font qu'une seule et même personne. Les Imáms de la foi de Muhammad, ces lampes de certitude, ont dit aussi : « Muhammad est notre premier, Muhammad est notre dernier, Muhammad est notre tout. »
Il t'est ainsi rendu clair que tous les prophètes sont les temples de la cause de Dieu apparus sous des aspects différents. Si tu observes avec discernement, tu reconnaîtras qu'ils habitent tous le même tabernacle, qu'ils planent dans le même ciel, qu'ils siègent sur le même trône, qu'ils parlent le même langage et proclament la même foi. Telle est l'unité des ces essences de l'existence, de ces astres d'infinie et incommensurable splendeur ! En conséquence, si quelqu'une de ces manifestations de sainteté proclamait : « je suis le retour de tous les prophètes », elle dirait sans aucun doute la vérité. De même, dans chaque révélation qui suit, le retour de la révélation précédente est un fait dont la vérité est fermement établie...
L'autre aspect du prophète est celui de sa condition particulière. Il appartient au monde de la création et de ce fait, est soumis à des limites. A cet égard, chaque manifestation de Dieu a une individualité distincte, une mission définie avec précision, une révélation spécialement prédestinée et des limites qui lui sont propres. Chacune d'elles est désignée d'un nom différent et caractérisée par un attribut spécial. Chacune d'elles remplit une mission définie et a la charge d'une révélation particulière. Ainsi qu'Il l'a dit : « Nous avons voulu que, parmi les apôtres, certains soient plus éminents que d'autres ». A quelques-uns, Dieu a parlé. Il en a exalté d'autres. Et à Jésus, fils de Marie, Nous avons donné des signes manifestes, et Nous l'avons fortifié du Saint-Esprit.
C'est à cause de cette différence de rang et de mission que les paroles qui coulent de ces sources de science divine semblent diverger et différer. Autrement, aux yeux de ceux qui sont initiés aux mystères de la sagesse divine, tout ce que disent les divers prophètes n'est que l'expression d'une même vérité. C'est faute de saisir les différences dont Nous venons de parler que la plupart des gens restent perplexes et troublés devant les propos tenus par les manifestations qui, en leur essence, n'en forment qu'une.
Il est évident que ces divergences sont dues uniquement à des différences de rang. Ainsi si l'on considère ces essences de l'existence du point de vue de leur unité et de leur sublime détachement, les attributs de Dieu : la divinité, l'unité suprême et l'essence intime leur ont été et leur sont applicables, puisqu'elles sont établies sur le trône de la révélation divine, dans le séjour du divin mystère. A travers elles, la révélation de Dieu est rendue manifeste, et en leur personne, la beauté de Dieu est dévoilée. C'est ainsi que les accents de la voix de Dieu Lui-même se font entendre par la bouche de ces manifestations de l'Essence divine.
A les considérer sous leur second aspect, - celui de la distinction, de la différenciation, des limites temporelles, des caractéristiques particulières et des degrés divers - on voit qu'elles manifestent une absolue servitude, un entier dénuement et un complet effacement de soi. Ainsi qu'il l'a dit : « Je suis le serviteur de Dieu. Je ne suis qu'un homme comme vous. »
Si quelqu'une de ces manifestations de Dieu embrassant toutes choses venait à déclarer : « Je suis Dieu », elle dirait sans aucun doute la vérité. Car il a été démontré à plusieurs reprises que, par leur révélation, leurs attributs et leurs noms, c'est la révélation même de Dieu, ses noms et ses attributs qui sont manifestés au monde. C'est ainsi qu'Il a révélé : « Ces traits partent de Dieu, non de toi. » Et il a dit aussi : « En vérité, ceux qui t'engagent leur foi l'engagent à Dieu Lui-même. » Et si l'un d'eux disait : « Je suis le messager de Dieu », il dirait encore, indubitablement, la vérité. Ainsi qu'il l'a déclaré : « Muhammad n'est le père d'aucun de vous, mais il est le messager de Dieu ». Considérés sous ce jour, ils ne sont que les messagers de ce Roi idéal, de cette immuable Essence. Et si chacun proclamait : « Je suis le sceau des prophètes », ils ne diraient tous, sans l'ombre d'aucun doute, que la pure vérité. Car ils ne font qu'une seule personne, une seule âme, un seul esprit, un seul être, une seule révélation. Ils sont tous la manifestation du « Commencement » et de la « Fin », du « Premier » et du « Dernier », du « Visible » et de l' « Invisible » - tous attributs qui appartiennent à Celui qui est le plus profond Esprit des esprits et l'éternelle Essence des essences. Et s'ils disaient : « Nous sommes les serviteurs de Dieu », ils énonceraient encore un fait manifeste et indiscutable. Car c'est dans l'état de la plus absolue servitude qu'ils ont été manifestés, une servitude qu'aucun homme ne peut atteindre. Ainsi, lorsque ces essences de l'existence étaient plongées au fond des océans de l'éternelle sainteté ou lorsqu'elles planaient aux plus hauts sommets des mystères divins, elles proclamaient hautement que c'était la voix de la Divinité, l'appel de Dieu Lui-même qui se faisait entendre par leur bouche.
Si l'on voulait ouvrir l'il du discernement, on reconnaîtrait que, même dans cette condition sublime, elles se sont toujours tenues parfaitement effacées, se regardant elles-mêmes comme non-existantes devant la face de Celui qui est l'Omnipénétrant, l'Incorruptible. Il semble même qu'elles se soient considérées comme de purs néants et qu'elles aient jugé blasphématoire la mention de leur nom dans ces parvis célestes, car la plus faible mention de soi-même, dans ces régions sublimes, paraît impliquer la reconnaissance d'une existence propre, indépendante. Une telle idée est, aux yeux de ceux-là mêmes qui ont pénétré dans cette cour céleste, une grave transgression. Combien plus grave serait-il donc que quoi que ce soit d'autre soit mentionné en cette Présence, que le cur de l'homme, que sa langue, son esprit ou son âme aient souci de quelqu'un d'autre que le Bien-Aimé, que ses yeux contemplent un autre visage que celui de sa beauté, que ses oreilles se tendent vers une autre mélodie que celle de sa voix et que ses pieds foulent un autre sentier que son sentier...
En vertu de ce rang, les manifestations ont revendiqué pour elles-mêmes la voix de la Divinité, tandis qu'en vertu de leur rang d'annonciateurs, elles se sont déclarées les messagers de Dieu. Dans tous les cas, elles ont prononcé des paroles qui répondaient aux besoins particuliers du moment, et toutes leurs déclarations relatives au royaume de la révélation et au domaine de la Divinité, aussi bien qu'au royaume de la création et au domaine de l'existence terrestre, elles en ont assumé l'entière paternité. Ainsi, quelles qu'aient été leurs paroles, qu'elles appartiennent au royaume de la divinité, de la souveraineté, de la prophétie, qu'elles concernent le messager, le gardien, l'apôtre ou le serviteur, tout cela est vrai sans l'ombre d'un doute. En conséquence, les citations que Nous avons faites à l'appui de notre thèse doivent être attentivement considérées, afin que les divergences que présentent dans leurs messages les manifestations de l'Invisible et les aurores de la sainteté cessent d'agiter les âmes et de porter le trouble dans les esprits.5
Considère les générations qui nous ont précédés. Voici comment, chaque fois que l'Etoile du Matin de la bonté divine a répandu sur le monde la lumière de sa révélation, ceux de son jour se sont levés contre Lui et ont répudié sa vérité. Ceux qui étaient censés diriger les hommes se sont invariablement efforcés de les empêcher de se tourner vers Celui qui est l'océan de la bonté sans limites.
Vois comment le peuple, obéissant au verdict prononcé par les prêtres de son époque, a jeté au feu Abraham, l'Ami de Dieu ; comment Moïse, qui conversait avec le Tout-Puissant, fut dénoncé comme imposteur et calomniateur ; comment Jésus, L'Esprit de Dieu, fut traité par ses ennemis, en dépit de sa douceur ineffable et de sa parfaite tendresse de cur. Si violente était l'opposition à laquelle il dut faire face, qu'il n'avait, lui, l'essence de l'être et le Seigneur du visible et de l'invisible, nulle place où reposer sa tête. Il ne cessa d'errer de place en place, sans demeure permanente. Médite encore sur ce qui advint à Muhammad, le Sceau des prophètes (puisse toute vie lui être offerte en sacrifice !). Combien furent cruelles les afflictions que les dirigeants du peuple juif et des idolâtres firent pleuvoir sur Celui qui est le souverain Seigneur de toutes choses, pour avoir proclamé l'unité de Dieu et la vérité de son message ! Par la justice de ma cause ! ma plume gémit et toutes choses créées éclatent en sanglots devant les malheurs qu'il souffrit des mains de ceux qui avaient rompu l'alliance de Dieu, violé son testament, rejeté ses preuves et contesté ses signes. Nous te rapportons ainsi ce qui advint dans les jours passés, afin que tu puisses Nous comprendre.
Tu as su combien cruellement furent affligés les prophètes de Dieu, ses messagers et ses élus. Réfléchis un instant aux raisons d'une telle persécution. Jamais, dans aucune dispensation, les prophètes de Dieu n'ont échappé au blasphème de leurs ennemis, à la cruauté de leurs oppresseurs, aux dénonciations des savants de leur temps qui prenaient l'apparence de la droiture et de la piété. Jour et nuit ils ont passé par des souffrances telles que, seule, la science de Dieu (exaltée soit sa gloire) est capable de les mesurer.
Considère maintenant cette innocente victime. Les preuves les plus éclatantes attestent la vérité de notre cause ; les prophéties que Nous avons faites dans le plus clair langage sont toutes accomplies, encore que Nous ne puissions être compté parmi les savants, que Nous soyons sans culture et sans aucune expérience des disputes théologiques en usage parmi les prêtres. Nous avons fait pleuvoir sur les hommes les averses d'un savoir inspiré de Dieu. Et cependant vois comment, en dépit de tout cela, cette génération a rejeté notre autorité et s'est rebellée contre Nous. Nous avons, pendant la plus grande partie de notre vie, enduré, des griffes de nos ennemis, les plus cruelles épreuves, et nos souffrances ont maintenant atteint leur point culminant dans cette affligeante prison, où Nous ont si injustement jeté nos oppresseurs. Dieu veuille que tu observes d'une vision pénétrante et d'un cur éclairé ce qui est advenu dans le passé et qui advient encore aujourd'hui et que, le méditant en toi-même, tu reconnaisses ce qui a échappé à la plupart des hommes. Qu'il plaise à Dieu de te permettre de respirer le doux parfum de son jour, d'avoir part aux effusions sans limites de sa grâce, de boire ton content du vaste océan qui s'enfle et s'agite en ce jour au nom de l'antique Roi, et de rester en sa cause aussi ferme et immuable que la montagne !
Dis : Gloire à toi qui a fait confesser par tous les saints leur impuissance devant les multiples révélations de ta puissance, et reconnaître par chaque prophète son pur néant devant l'éclat de ta gloire immortelle. Je te supplie par ton nom qui a ouvert les portes du ciel et rempli d'extase l'Assemblée céleste, de me rendre capable de te servir en ce jour et de me fortifier dans l'observance de ce que tu as prescrit en ton livre. Tu sais, ô mon Seigneur, ce qui est en moi ; mais moi, j'ignore ce qui est en toi. Tu es l'Omniscient, L'Informé.6
Gardez-vous, ô croyants en l'unité de Dieu, de distinguer entre les manifestations de sa cause, de faire à leur sujet quelque discrimination qui aille à l'encontre des signes dont s'est accompagnée leur révélation. Là est, en vérité, la vraie signification de l'unité divine, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre cette vérité et y croire. De plus, soyez assurés que les uvres et les actes de ces manifestations de Dieu, et même quoi qu'il appartienne en propre à chacune et quoi qu'elles puissent manifester de particulier à l'avenir, sont toutes d'ordre divin et reflètent toutes la volonté et le dessein de Dieu. Il a, en vérité, refusé de croire en Dieu, répudié ses signes et trahi la cause de ses messages, celui qui fait la plus légère différence entre les personnes, les paroles, les actes et les façons d'agir des manifestations du Tout-Puissant !7
Il est évident que tout âge où s'est produite une manifestation de Dieu est un âge d'ordre divin et peut être, en ce sens, qualifié de jour fixé par Dieu. Le présent jour toutefois, est un jour unique et doit être distingué de ceux qui l'ont précédé. La désignation de « Sceau des Prophètes » révèle pleinement son haut caractère. En fait, le cycle prophétique est clos. La Vérité éternelle est maintenant venue. Dieu a levé l'étendard de la puissance et Il répand maintenant sur le monde l'éclat sans nuage de sa révélation.8
Que Dieu, l'Omnipossédant, le Roi d'incomparable gloire, soit loué. Que cette louange soit infiniment supérieure à la compréhension de tout ce qui est créé et hors de la portée des esprits humains. Nul autre que Lui n'a jamais été capable de célébrer convenablement sa Louange, et jamais aucun homme ne parviendra à donner la mesure de sa gloire. Qui pourrait prétendre avoir atteint les sommets de sa sublime Essence, et mesuré les profondeurs de son insondable mystère ? De chacune des révélations émanées de la source de sa gloire, des preuves sans fin ont paru, qui sont toutes d'une inimaginable splendeur, et de chacune des manifestations de son invincible puissance ont coulé des océans de lumière éternelle. Combien sont sublimes ces merveilleux témoignages de sa toute-puissante souveraineté dont une simple lueur, si elle les atteignait, suffirait à consumer tous ceux qui sont dans le ciel et tous ceux qui sont sur la terre ! Ineffables sont les gages de son pouvoir souverain, dont un signe seulement, et si petit soit-il, dépasse la compréhension de tout ce qui a été appelé à l'être depuis le commencement qui n'a pas de commencement, et de tout ce qui sera créé dans l'avenir, jusqu'à la fin qui n'a point de fin. Toutes les incarnations de ses noms errent dans le désert de la poursuite, altérées et avides de découvrir son Essence, et du Sinaï de Sainteté, toutes les manifestations de ses attributs l'implorent de les laisser pénétrer son mystère.
Une goutte du bouillonnant océan de sa miséricorde a orné la création de la parure de l'existence, et un souffle parti de son paradis incomparable a revêtu tous les êtres de la robe de gloire et de sainteté. Une émanation de l'insondable abîme de sa souveraine volonté, qui pénètre toutes choses, a appelé à l'être une création infinie dans son étendue et immortelle dans sa durée. Les merveilles de sa munificence ne peuvent cesser, et le cours de sa grâce miséricordieuse ne peut jamais être arrêté. Le processus de sa création n'a pas eu de commencement et ne peut avoir de fin.
A tout âge et dans chaque cycle, par la resplendissante lumière des manifestations de sa merveilleuse Essence, il a recréé toutes choses, afin que rien de ce qui reflète, sur la terre et dans les cieux, les signes de sa gloire, ne soit privé des torrents de sa miséricorde ni ne désespère de recevoir la pluie de ses faveurs. Voyez comme les merveilles de sa grâce sans limites embrassent toutes choses, comme elles imprègnent la création tout entière. Telle en est la vertu, qu'il n'y a pas dans l'univers un seul atome qui ne proclame la puissance de Dieu, qui ne glorifie son saint nom, qui ne reflète la resplendissante lumière de son unité. Si parfaite et si vaste est sa création, qu'il n'est pas d'esprit ni de cur, pour pénétrant ou pur qu'il soit, qui puisse saisir la nature essentielle de la plus insignifiante de ses créatures, et moins encore pénétrer le mystère de Celui qui est l'Etoile du Matin de la Vérité, L'invisible et inconnaissable Essence. Les conceptions des plus dévots des mystiques, les réalisations des plus accomplis parmi les hommes, les plus hautes louanges que la plume ou la parole puissent exprimer, tout cela est le produit de l'esprit fini de l'homme et reste enfermé dans les limites de cet esprit. Dix mille prophètes, dont chacun est un Moïse, sont frappés de la foudre sur le Sinaï de leur poursuite, à cet arrêt terrifiant : « Jamais tu ne contempleras ma face ! », cependant qu'une myriade de messagers, tous aussi grands que Jésus, demeurent consternés sur leur trône céleste devant l'interdiction : « Mon Essence, tu ne la comprendras jamais ! » De temps immémorial, Il est resté voilé par la sainteté ineffable de sa sublime Personne, et il restera à jamais enveloppé de l'impénétrable mystère de son Essence inconnaissable. Toute tentative pour comprendre son inaccessible réalité a tourné à l'entière confusion de son auteur, et tout effort en vue d'approcher sa Personne sublime et de se représenter son Essence n'a abouti qu'à un échec désespéré.
Combien donc embarrassant et déconcertant serait-il pour moi, en mon insignifiance, de tenter de sonder les profondeurs sacrées de ta science ! Combien seraient futiles mes efforts pour envisager la grandeur de la puissance inhérente à ton ouvrage, par lequel se révèle ton pouvoir créateur ! Comment mon il, qui n'a pas même la faculté de se percevoir lui-même, se pourrait-il flatter d'avoir discerné ton Essence, et comment mon cur, déjà impuissant à saisir la signification de ses propres potentialités, prétendrait-il avoir compris ta nature ? Comment revendiquerais-je de t'avoir connu quand toute la création est confondue par ton mystère, et comment, d'autre part, confesserais-je que je ne t'ai point connu, alors que l'univers entier proclame ta présence et atteste ta vérité ? De toute éternité, les portes de ta grâce sont restées grandes ouvertes ; des voies se sont toujours offertes pour accéder à ta présence, et les révélations de ta beauté sans égale n'ont cessé d'être imprimées sur l'essentielle réalité de tous les êtres, tant visibles qu'invisibles. Et pourtant, en dépit de cette suprême faveur, de ce don parfait, je me sens poussé à attester que ta cour de gloire et de sainteté est exaltée par-delà toute mesure au-dessus de la connaissance de tout autre que toi, et que le mystère de ta présence est insondable pour tout autre esprit que le tien. Nul, à l'exception de toi, ne peut pénétrer le secret de ta nature et rien d'autre que ta transcendante Essence ne saurait comprendre la réalité de ton Etre inconnaissable. Combien nombreux sont ces êtres de gloire qui ont erré à ta poursuite, tous les jours de leur vie, dans le désert de ton absence, et qui ne t'ont finalement jamais trouvé ! Et quelle multitude d'âmes saintes qui, elles aussi, se perdirent, à tenter de contempler ta face, dans le désert de la recherche ! C'est par myriades que tes ardents adorateurs ont sombré et péri, consumés du feu de ton absence, et innombrables sont les âmes fidèles qui ont dominé leur vie pour voir la lumière de ton visage. Les plaintes de ces curs qui soupirent ardemment après toi ne peuvent atteindre ta cour sacrée, pas plus que ne sauraient parvenir à ton siège de gloire les lamentations des voyageurs qui ont soif de contempler ta face.9
Le dessein de Dieu en créant l'homme a été et sera toujours de le rendre capable de connaître son Créateur et d'accéder à sa présence. Tous les livres sacrés et toutes les Ecritures divinement révélées et de grande valeur attestent ce but excellent, cet objectif suprême. Celui qui a reconnu la source de la direction divine, et est entré dans sa cour sainte, s'est approché de Dieu. Il a obtenu l'accès en sa présence, paradis véritable dont les plus hautes demeures du ciel ne sont que le symbole. Un tel homme est parvenu à la connaissance du rang de Celui qui est « à deux portées de flèche », qui se tient par-delà le Sadratu'l-Muntahá. Mais celui qui n'a pas reconnu cette source s'est lui-même condamné à la misère de l'éloignement de Dieu, éloignement qui n'est que pur néant et essence même du feu le plus dévorant. Tel est le sort de l'incroyant, encore qu'il semble occuper les plus hautes situations de la terre et être établi sur le trône le plus glorieux.
Nul doute que Celui qui est la source de vérité ne soit pleinement capable de sauver d'un tel éloignement les âmes égarées, de les rapprocher de sa cour et de leur donner accès à sa présence. « S'il avait plu à Dieu, Il n'eût sûrement fait des hommes qu'un seul peuple.» Mais son dessein est de mettre ceux qui ont le cur pur et l'esprit détaché à même d'aborder, par la vertu même de leurs pouvoirs innés, les rivages du très grand Océan, afin qu'ayant ainsi sincèrement et diligemment cherché la beauté du très-Glorieux, ils puissent être distingués et séparés des indociles et des pervers. Ainsi en a-t-il été ordonné par la toute-glorieuse et resplendissante Plume...
Que, lors de leur apparition parmi les hommes, les manifestations de la justice divine, les sources de la grâce céleste aient été dépourvues de tout pouvoir terrestre et privées de toute autorité en ce monde, cela doit être attribué à ce même principe de distinction et de séparation qui est à la base du Plan divin. Si l'éternelle Essence manifestait tout ce qui est latent en elle, si elle resplendissait dans la plénitude de sa gloire, nul ne songerait à mettre en doute sa puissance ni à répudier sa vérité. Bien plus, toutes choses créées seraient à ce point éblouies et accablées par la splendeur de sa lumière qu'elles en rentreraient dans le néant. Et comment, d'autre part, en de telles conditions, l'impie foncier pourrait-il être distingué et séparé de celui qui n'est qu'indocile ?
Ce principe a joué dans chacune des précédentes dispensations, et il en a été donné d'abondantes preuves... C'est ainsi qu'à tout âge, lorsqu'une nouvelle manifestation s'est produite et qu'une révélation nouvelle du pouvoir transcendant de Dieu a été accordée au monde, abusés par l'apparence mortelle que revêtait l'éternelle Beauté, certains ont refusé de la reconnaître. Ils se sont écartés de son chemin et, en l'évitant, ils ont fui la présence de Celui qui est le symbole de l'approche même de Dieu. Ils sont allés jusqu'à décimer ses fidèles, à exterminer ceux qui croyaient en lui.
Voyez comment, en cette dispensation, vauriens et insensés ont follement imaginé que par des moyens tels que le massacre, le pillage et le bannissement, ils pourraient éteindre la lampe allumée par la main du divin pouvoir. Ils semblent ignorer entièrement que cette adversité même dont ils sont les instruments est l'huile qui nourrit la flamme de cette lampe. Tel est le pouvoir divin de transmutation. Il change tout ce qu'il lui plaît de changer. Il a en vérité pouvoir sur toutes choses...
Considérez en tout temps la souveraineté qu'exerce le Roi idéal et contemplez les preuves de sa toute-puissance. Purifiez vos oreilles de tous les vains bavardages de ceux qui sont le symbole de l'incroyance et les représentants de la violence et de la colère. L'heure approche où vous verrez triompher sur toutes choses créées le pouvoir du seul vrai Dieu, et les signes de sa souveraineté embrasser toute sa création. En ce jour, vous découvrirez que tout ce qui n'est pas Lui est rentré dans l'oubli et devenu un pur néant.
Il ne faut pas cependant perdre de vue que Dieu et ses manifestations ne sauraient être, en aucun cas, dissociés de la grandeur et de la sublimité qui leur sont inhérentes. Bien mieux, cette grandeur et cette sublimité sont elles-mêmes créées par sa parole, si vous voulez bien voir par mes yeux et non point par les vôtres.10